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06/01/2010

Dubaï : paradis artificiel ?

Pour bien de gens Dubaï c'est l'avenir, le modèle à suivre et ce malgré ses récent déboires... Le succès et la croissance fulgurante de cette ville repose sur bien des paradoxes. Mais l'équilibre tien. Est-ce là, comme certains le soutiennent, le nouveau modèle économique, celui de l'avenir, celui vers lequel tout le monde doit tendre? Discussion autour du sujet.

Le documentaire Dubaï Vertigo présenté hier sur TéléQuébec faisait un bon tour du développement de cette ville et de la vie là-bas.

Cette ville construite avec des pétro-dollars, est l'aboutissement du rêve des Sheik Al Maktoum père et fils qui gère l'Émirat de Dubaï en despotes éclairés. Ces derniers ont fait construire les autouroutes, les tours (les premières du moins) et un aéroport gigantesque. Ils sont également lancé la compagnie d'aviation Emirates, le fond d'investissement Dubaï World et une foule infrastructure et autres outils de promotion. Cela dit aujourd'hui le pétrole ne compte plus que pour 6% de l'économie de l'Émirat, c'est donc dire que le pari est gagné... Mais à quel prix et surtout que se cache derrière-t-il ce succè?

C'est Steve Forbes – fondateur du magazine du même nom – qui a le mieux résumé l'économie de Dubaï et les racines de son succès. Pour M. Forbes Dubaï est un paradis, pas d'impôts sur les revenus des particuliers, pas d'impôts sur les revenus des entreprises et pas d'impôts sur les revenus de placement et le tout couronné par une zone franche dans une partie de la ville où les taxes d'importation et d'exportation sont nulles – pas surprenant que tout le monde vienne investir à Dubaï.

Mais comment finance-t-on toute cette absence d'impôt? Hé bien en important des travailleurs étrangers de pays très pauvre que l'on paye 5$ par jour – quand on les payes. Mais Dubaï ce n'est pas que des milliers de travailleurs sous-payés travaillant dans des conditions inhumaines pour des salaires de crève-faim, Dubaï c'est 83% d'immigrés. Des immigrés qui viennent offrir leurs bras certes, mais également des immigrés qui viennent offrir leurs cerveaux – des cerveaux formés ailleurs...

Ainsi le système montre ses limites. Pour que tout ça fonctionne sans impôts on a importé massivement des travailleurs venus d'ailleurs et ayant par conséquent reçu leur formation ailleurs dans des pays où l'éducation est publique et de bonne qualité. Mais la transition est terminé et le Shiek est effectivement un homme éclairé, il a donc mis sur pied un système d'éducation publique couronné par un campus universitaire qui ne compte pas moins d'une quinzaine d'antennes de grandes universités... Le tout étant financé par des commanditaires et bien sûr comme le reste de l'État par les retours sur investissement du Dubaï Wolrd et des autres « sociétés d'État ». On ne les appellent pas comme ça là-bas, mais Emirates (la compagnie aérienne) comme Dubaï Port Authority et les autres entreprises du Sheik sont ni plus ni moins que de grosses société d'État.

Autre point intéressant l'exception culturelle. Dubaï se targue d'être la plus ouverte des grandes villes du monde arabo-musulman et d'avoir par le fait même les médias les plus objectif de cette partie du monde. En plus de compter d'innombrables bars et discothèques où les vêtements « traditionnels » sont interdit et où l'alcool coule à flot, Dubaï compte une foule de salle de nouvelles où l'on traite effectivement de tous les sujets – sauf de religion ou d'élection et bien sûr on ne critique jamais au grand jamais le Sheik, ses façons de faire ou ses projets.

En fait Dubaï est tellement ouverte et moderne – au sens nord-américain, comme ville que d'aucun se demande pourquoi les terroristes ne l'ont pas encore attaqué. Et bien sûr la réponse qui vient tout de suite en tête c'est que ce petit paradis fiscal sert de plaque tournante pour l'argent sale de ces radicaux et que le Sheik ferme les yeux pour peu qu'on le laisse tranquille.

Ce système est-il viable? Peut-on indéfiniment soustraire la population aux impôts et en même leur offrir des services de santé et d'éducation public de qualité? Tant que les placements de Dubaï World rapportent et que les « sociétés d'État » font de l'argent, ça semble viable. Tant que l'on est capable d'importer du « cheap labour » ça peut fonctionner. Et puis bien sûr, tant que l'on a une masse phénoménal d'argent pour démarrer le tout c'est possible.

Tout ça fonctionne tant que personne d'autre  arrive dans le décor avec des conditions similaires...

.jpm

p.s. Un petit texte intéressant d'Alain Dubuc qui traite, aujourd'hui, du même sujet que moi.

08:54 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

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