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27/01/2010

Vies parallèles

Comme à tous les mercredi depuis le début de la session, j’ai pris l’autobus ce matin pour me rendre à l’université. J’étais debout à l’arrière et je regardais la faune urbaine qui piaillait devant moi. J’en étais à me dire que tut le monde devrait prendre le bus régulièrement, arguant pour moi-même que ça permet de connaître un peu mieux les gens qui nous entoure, quand deux jeunes garçons – en âge d’aller au secondaire se sont installé prêt de moi.

Je les ai observé un moment, me demandant bien où il pouvait aller à cet âge sur ce circuit de bus. La 87 qui mène de l’arrondissement des rivières vers l’université ne compte pas d’école secondaire sur son chemin. Une seule demeurait possible : La Rochebelle, tout au bout de la ligne. Une des, sinon la meilleure école secondaire publique de la capitale. Programme international, prof motivé, bonne cote au classement du magazine L’Actualité, etc.

Ils avaient l’air de se connaître vaguement, des jeunes qui se sont rencontrer au primaire et qui se voient de temps en temps au gré des trajets de bus. Ils ne se voyaient pas tous les matins dans ce bus c’était évident. L’un deux n’avait que pour tout bagage un petit sac du Dollrama, l’autre un gros sac d’école et un iPod…

J’ai commencé à comprendre à quels mondes totalement différents ils appartenaient l’un et l’autre quand celui au iPod a prêté l’engin à son ami. Le jeune au sac du D. n’avait visiblement jamais eu ce genre de truc entre les mains – ce qui est plutôt rare de nos jours. Il ne savait pas trop comment navigué, ni comment augmenté ou diminuer le volume. Puis l’autre a voulu regarder dans le sac du D. qu’il lui avait été confié en échange du iPod.

« Touche pas à ça, je n’ai pas l’âge pour ça tu’l sais ! »

Il semble qu’il y avait des cigarettes dans ledit sac. Et le jeune au sac Dollorama de s’affaler soudainement fatigué et laissant tomber son rôle de jeune cool et de lancer à son ami et à tout l’autobus (le volume du iPod étant trop fort) : « J’suis vraiment dans la marde là, j’ai des heures de travaux communautaires à faire… » Puis quelques bruits masque le reste de ses paroles, son copain lui fait signe de baisser le volume… Et enfin « l’ostie de gang d’enfants de chienne ». Langage hérité des parents je présume.

L’autre est quelque peu mal à l’aise, gêné, mais joue le jeu. Il fait plaisir à cet improbable ami le temps d’un trajet de bus – il lui laisse le iPod et ne dit mot.

Quelques minutes plus tard, le jeune au sac du D. recommence à parler, moins fort mais quand même au bus au complet. Moi, entre temps, je me suis assis au fond et ne suis plus en mesure de comprendre ce qu’il dit. Mais soudain je comprends ceci « Est-ce que je parle trop fort ? » Oui de répondre son ami et un voisin de banc.

Le jeune au sac du Dollorama a beau être jeune, vivre visiblement dans un milieu difficile et dur, certains dirons disfonctionnel, ça lisse la réalité – criss, le p’tit gars s’en va vendre des cigarettes que son frère lui a sorti plutôt que d’aller à l’école, moi je n’appel plus ça disfonctionnel !

M’enfin, le jeune a beau venir de ce type de milieu il sait quand même reconnaitre qu’il dérange peut-être, qu’il n’agit pas correctement en société – dans la vraie société, loin de celle qu’il connait, et tente de s’y conformé. C’est signe, à mon sens, qu’il est intelligent, qu’il est conscient de vivre entre deux mondes et qu’il sait que pour sortir de celui qui est le sien, il devra faire des efforts et se conformer à ses règles à défaut de quoi c’est son monde actuel qui l’attend et à sa gueule on devine qu’il en a déjà marre d’y être.

.jpm

08:40 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

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