Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08/03/2010

Conditions de travail ou salaire ?

Il y a quelques semaines on pouvait lire dans les journaux que 25% des profs (primaire et secondaire) présentaient des signes d'épuisement. Dans la population en générale c'est à peu près 20%. Cette même étude nous apprenait également que 20% des profs pensaient changé de travail dans les cinq années à venir. Ça ne m'a pas impressionné outre mesure. Au bureau nous sommes 25 et depuis 10 ans nous avons connu un roulement de plus de 100% dont la majorité était des départs volontaires...

Ce qui me frappe par contre c'est que les profs qui veulent changer de boulot ne le font pas parce qu'ils n'aiment plus enseigner, ils le font parce que le milieu de l'enseignement est devenu exécrable. Chez-nous les gens qui quittent le font principalement parce qu'ils veulent relever d'autre défis, parce qu'ils veulent essayer autre chose. Bien sûr il y en a eu quelques-uns qui sont parti à cause de conflits avec leur supérieur ou parce que l'entreprise ne leur convenait pas, mais ce n'est pas la majorité or chez les profs c'est le facteur déterminant et ils ne pensent pas changer d'école ou si peu, puisque le milieu est le même partout.

Quel est ce milieu si affreux? Qu'est-ce qui le caractérise? Hé bien, pour commencer les classes sont surchargées. Ensuite on y intègre à peu près tous les cas qui nécessitent de l'aide supplémentaire. Élèves en difficulté d'apprentissage, trisomiques, autistes. Les commissions scolaire et le ministère sont continuellement sur le dos à tenter toutes sortes de réformes. Les directeurs d'écoles sont occupés par la bureaucratie et les cas problèmes, sans parler des parents avec qui ils doivent traiter quotidiennement...

Mais il y a pire, bien pire si vous voulez mon avis. Le système scolaire est complètement fou. Certaines commissions scolaire veulent maintenant rendre les profs de la réussite de leurs élèves! D'ailleurs comment se fait-il que les commissions scolaires aient autant de liberté d'action? Les profs ne savent pas d'avance quel poste ils vont occuper l'année suivante. Là c'est un problème de syndicat, d'ancienneté et, bien sûr, de commission scolaire qui ne veut pas travailler trop fort. Quoi d'autre? Les profs n'ont que des objectifs annuels, pas de plan de match, pas de ligne directrice, pas d'objectifs intermédiaire. Ce serait quoi de donner aux profs du Québec des objectifs d'apprentissage mensuels au primaire? Si tu veux savoir lire à la fin de l'année, il faut que tu connaisse l'alphabet en arrivant, que tu connaisse les syllabes après le premier mois d'école, que t'ai appris à reconnaître les différentes façon d'écire « o » et « an » et ainsi de suite. Je sais bien que tous les enfants n'apprennent pas de la même façon, mais y'a toujours bien des guides qui peuvent être fournies.

Et puis, il y a le bacc en enseignement qui est tout croche. Quatre ans! Quatre ans d'université, huit sessions de 15 crédit soit plus de 450 heures de cours par année et pas une foutue minute pour expliquer comment faire une préparation de cours! Pas une seconde sur l'art de faire un examen! C'est bien beau le behaviorisme, mais être capable de faire un examen ça a aussi son intérêt quand on s'en va enseigner!

Le pire c'est qu'un bonne part des problèmes d'épuisement et d'écœurement des profs pourraient se régler facilement si on voulait bien y mettre un peu d'effort et un peu d'argent. Déjà si les commissions scolaire travaillait ensemble plutôt que l'une contre l'autre chacune de leur côté (les profs ne peuvent pas changer de commission scolaire sans être pénalisé) ce serait un gros plus. Ensuite si elles voulaient bien mettre leur culottes et s'asseoir avec les syndicats afin que les profs puissent savoir dès la fin de l'année scolaire où ils vont se retrouver l'année suivante ça leur donnerait un gros coup de main et ils pourraient travailler leur cours pendant l'été afin d'être fin prêt à l'automne et faire des semaines de travail normale.

Ensuite, sans nécessairement, diminuer drastiquement le nombre d'élèves dans les classes on pourrait sortir les cas « d'intégration » de là et s'en occuper pour de vrai et on pourrait réinstaurer les classes faible, moyen, fort au secondaire pour les matières de base ça donnerait un coup de main à tout le monde y compris aux élèves. Et puis un petit plan de match, des objectifs clairs et du matériel qui reste en classe après le départ du profs ça ferrait aussi une grosse différence.

C'est plat à dire, mais je crois sincèrement que le système scolaire, les profs, les directions, les écoles, les commissions et le ministère auraient de bonnes leçons à prendre du privé et je parles ici de l'entreprise privée – pas des écoles. En connaissez-vous beaucoup des entreprises qui ne font pas de planification mensuelle, dont les employés ne savent pas quel poste ils vont occupé au retour de vacance, dont le matériel disparaît quand un employé quitte, ou encore où il n'y a aucune intégration et aucun outils le lundi matin quand un nouvel employé arrive? Ma sœur a vécue ça cette année : cours d'anglais première année, nouvelle école. L'intégration? Tiens v'la les clé de la classe.



C'est vrai que ce n'est pas comme ça partout et pour tous les profs. Certains enseignent la cinquième année depuis dix ans dans un quartier aisé, n'ont pas de cas lourd à intégré, gagent 60 000$ par année pour le faire, n'ont plus de matériel à développer et bénéficient d'un long congé de huit semaines l'été de deux semaines à noël, d'une à la relâche et de dix jours de maladie qu'ils prennent pour allez faire du ski – grand bien leur en fasse.

Si cette situation a déjà été celle de la majorité des profs, c'est loin d'être le cas aujourd'hui et il est sérieusement temps que l'on donne un coup de barre à ce système boiteux.

Et, enfin, pour revenir au titre de ce billet, il pour ma part très clair que les profs ne veulent pas d'une augmentation, mais bien d'un changement dans leur milieu de travail ce que le front commun des syndicats ne pourra certainement pas leur offrir. Ainsi donc, nous allons devoir payer encore plus cher pour un système clairement déficient alors qu'on aurrait pu investire dans des vrais mesures ce qui coûterait certainement moins cher et serait très certainement plus intéressant pour les profs, comme pour les élèves.

.jpm

p.s. Pour ceux qui voudrait en savoir plus sur les conditions d'enseignement dans certaines écoles, passez lire les textes de Sébastien Ménard (Génération sacrifié, Le calvaire des profs en 2010, Pas de temps pour les vrais problèmes) et celui de Daphné Dion sur l'intégration de tous dans les classe et d'une rare entente entre tous les intervenants...

10:43 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.