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28/09/2010

Au-delà de fables

Je suis un peu moins fâché ce matin, mais je reste tout de même écœuré par cette campagne de salissage de la gauche. On tente visiblement de discrédité la gauche avant même qu’elle ouvre la bouche en l’associant au socialisme et au communisme à tords et à travers. Il n’y a personne, absolument personne au Québec qui veut mettre en place un État socialiste, pas même Québec Solidaire qui reste sommes toutes un parti de centre gauche. Cela dit on ne peut pas en dire autant d’une certaine droite qui rêve d’un État libertarien – c’est-à-dire à peu près pas d’État.

Mettons les pendules à l’heure.

Un.
La social-démocratie n’a pas pour but d’égaliser les revenus de tous, pas du tout. Le but d’un gouvernement social-démocrate c’est d’égaliser l’accès de chacun aux services essentiels et à un niveau de vie normal pour le pays dans lequel il habite. C’est pour cette raison que l’éducation et les services sont gratuits.

Il n’est pas non plus question de taxer les plus riches simplement pour le redonner bêtement aux plus pauvres. L’idée est plutôt de taxer ceux qui ont su profiter des services de l’État (car il faut bien voir que quelqu’un qui prospère au Québec, le fait en partie parce qu’il a reçu une bonne éducation, parce qu’il a été maintenu en santé … parce que les rues sont déneiger l’hiver) pour le remettre dans le système afin de permettre aux générations suivante d’avoir les mêmes services.

Deux.
La gauche n’est pas contre la diminution de la taille de l’État – elle est contre la diminution de son rôle. Par contre, il faut bien se rendre compte que quand la droite par de diminuer la taille de l’État elle parle également de diminuer son rôle d’où une grande partie de la confusion qui règne dans les échanges.

Il n’est pas question de maintenir des centaines de fonctionnaires à rien faire. Les gens de gauche aussi se fâchent quand ils constatent que ça prend six gars de la voirie pour changer une ampoule, mais ils ne veulent pas nécessairement tout confier au privé pour autant. Changer des ampoules ça n’a pas un grand impact, ça peut bien passer au privé (tant que ça ne coûte pas plus cher aux citoyens – comme dans le cas des panneaux de signalisation), par contre l’aménagement d’un quartier, ça doit rester au public.

Trois.
La gauche est pro-syndicat c’est vrai, mais pas à tous prix. La gauche croit que le droit de se syndiquer (de se regrouper pour faire contrepoids aux grands patrons) est fondamental, mais quand elle voit quel foutu bordel sont devenu les conditions de travail des infirmières parce que les syndiqués coûtent trop cher ils ont autant envie que la droite de mettre la hache dedans.

Cela dit transférer les soins au privé n’est certes pas la solution. Tous les rapports les disent, toutes les études le soulignent, les soins de santé coûtent beaucoup plus cher aux États-Unis qu’au Québec. Il faut réformer le système et oui, c’est plus compliquer au public, c’est vrai. Mais le privé est là pour faire des profits et la gauche ne croit pas que ça peut aller de pair avec la santé.

Quatre.
La gauche n’est pas contre l’entreprise privé, loin de là. Elle considère simplement que pour certains services et exploitations (notamment les monopoles naturels) l’État fait un meilleur travail parce qu’il n’est pas ronger par l’appât du gain maximal. Mais cela ne veut certainement pas dire qu’il peut se permettre d’être indéfiniment déficitaire.

Le cas de la SAQ est intéressant. Doit-on la privatiser? Pourquoi pas? Ce n’est pas un monopole naturel  et on paye les commis très cher… Mais les gains sont là. La SAQ a versé en dividendes 867 millions de dollars l’an dernier dans les coffres de l’État. Pour pouvoir verser autant, le privé devrait faire des profits de 3 milliards de dollars par an! Et ce alors que le chiffre d’affaire actuel de la SAQ est de 2.5 milliards, il y aurait loin de la coupe aux lèvres c’est le moins qu’on puisse dire. La SAQ est donc largement plus rentable pour l’État québécois que n’importe quelle entreprise privée.


… Bref la gauche est globalement pour un État fort qui oriente la société et qui intervient dans l’économie alors que la droite prône un État qui sans être minimal (ça c’est plutôt l’extrême droite) intervient beaucoup moins.

Évidemment comme dans toutes choses, la modération a bien meilleur goût. Nous avons donc besoin de discuter pour savoir quelle position centrale nous voulons adopter. Nous devons encadrer par des règles simples et claires autant que possible ce qui relève du public, ce qui relève du privé et la manière dont ces deux entités sont appelées à interagir. Et de grâce ne me dites surtout pas qu’on n’a rien qu’à laisser le marché s’organiser tout seul! Le marché ne s’organise pas tout seul, le marché est organisé par les acteurs qui y agissent et certains ont inévitablement plus de moyens que d’autres… Ne me faites pas accroire que le marché de la téléphonie cellulaire est libre au Canada alors qu’on y paye des tarifs largement plus élevé qu’ailleurs.

.jpm

p.s. Je vous reviens demain avec un sujet plus léger … et jeudi avec le sur-encadrement du système de santé.

11:12 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

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