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07/10/2010

Les dédales du système de santé

Je ne sais pas trop comment m’attaquer à ce monstre de complexité qu’est le système de santé. L’origine de mon désir d’écrire sur le sujet est, vous vous en doutez, cette annonce la semaine dernière que le nombre de cadres avait augmenté de 30% en 10ans alors que le personnel soignant n’avait augmenté lui que de 6%!

J’ai plusieurs notes à ce sujet. Elles dépeignent toutes une partie du problème du système. Il y a des solutions pour chacune, mais des bémols aussi…

Commençons avec les cadres. Qu’il y ait eu une hausse de 30% des cadres et de 52% du personnel administratif n’est peut-être pas une mauvaise nouvelle. Il y a plus de service extérieur, je pense entre autres aux aidants naturels, et cela nécessite plus de travail administratif. Et, s’il y a plus de personnel administratif on peut aisément s’imaginer que celui-ci sert principalement à retirer des mains du personnel soignant les tâches administratives ce qui serait une bonne chose.

Cela dit, si comme le laisse également entendre l’article de La Presse le ratio administratif/soignant est de 1.08 on a un méchant problème. Un gestionnaire par employé c’est beaucoup trop! Pire le lendemain, le ministre de la santé Yves Bolduc, a tenu a préciser que 53 000 personnes n’avaient pas été comptabilisé dans le personnel soignant ce qui porte le total à 153 000 soignant pour 100 000 administrateurs soit un ratio de 1.53, ce qui n’est guère mieux!

Reste que personne n’a pris le temps de nous dire qui faisait partis du personnel administratif. Le personnel de soutien en fait-il partie? Les concierges, les cuisinières et le petit gars à la guérite font-ils partis du personnel administratif? C’est que certains média qui ont un agenda politique – notamment celui de La Presse qui est de pousser la privatisation – ont tendance à tourner les coins ronds et à exagérer un peu les situations. Ainsi on pouvait lire le même jour dans La Tribune qu’en Estrie le réseau de la santé compte 11 671 personnes dont 9 468 soignants, 1 800 « administratifs » y incluant le petit gars à la guérite et 403 cadres pour un ratio final de 4,29 ce qui est déjà beaucoup mieux – et un ratio cadre soignant de 23, encore mieux que le ratio de 15 annoncé par M. Bolduc!

Que devrait être la norme? Je ne sais pas. Au bureau nous sommes une trentaine et on compte huit administrateurs et deux autres membres qui en font à 50% de leur tâche… Un ratio de 3 à peu près.

Reste qu’il y a bel et bien des pertes de temps administratives énormes dans notre système, que l’on pense simplement aux fameuses cartes d’hôpital que l’on fait faire partout et généralement deux minutes après avoir pris notre nom, notre adresse et le nom de fille de notre mère pour ouvrir notre dossier dans le bureau d’à côté…

Mais bon, si notre système génère des pertes de temps nous sommes également très bons pour l’engorger. J’ai un collègue qui a récemment souffert d’une double commotion cérébrale. Le pauvre a « dû » voir quatre médecins en deux semaines parce que les premiers ne « comprenaient » pas ce qu’il avait. On lui a fait faire une résonnance magnétique, on a pris des prises de sang, faites les analyse, on lui a posé dix milles questions et on a promené son dossier un peu partout en ville… Et, bien sûr, notre malade a trouvé le moyen de chialer sur le temps d’attente dans les diverses cliniques qu’il a fréquenté.

Qu’on ne me dise pas après ça que le système de santé au Québec est pourri! Vous comprenez bien sûr que toutes ces vérifications d’usage – pour être certain que ce n’était pas plus sérieux – et l’entêtement de mon collègue à trouver un médecin qui allait avoir suffisamment d’empathie ou de compréhension pour lui permettre de se reposer comme il en avait besoin, il est constamment étourdi et empreint à des nausées, nous a tout de même coûté très cher en temps soignant et administratif.

Bien sûr tout cela aurait été plus simple s’il était retourné au même endroit et s’il avait vu les mêmes personnes à chaque fois. Mais même avec cette bonne volonté, les conditions de travail des soignants sont telles qu’il n’aurait probablement pas réussi.

C’est clair qu’il y a un problème là aussi. À suivre les déboires du système on a l’impression que les horaires atypiques sont devenu la norme dans le système de santé. Heures supplémentaires obligatoires, manque de personnel, urgences fermées, etc., on en vient à se demander comment ça peut faire pour fonctionner. Ceci expliquant cela, c’est peut-être pour ça qu’on a besoin de tant de gestionnaires. Mais la cause du problème est ailleurs, les gestionnaires, c’est la conséquence. La cause, ce sont les syndicats et plus précisément les conditions de travail qu’ils ont négociés avec le temps.

Je ne connais pas les conditions exactes des infirmières. J’en connais qui fond des heures de fou et qui ont des horaires qui alterne les nuits et les jours comme si c’était des paires de bas et d’autres qui ont d’excellentes conditions du type huit jours de travail et six jours de congé en alternance. Cela dit, le problème semble être lié à des conditions « trop généreuses » pour les syndiqués qui pousse le gouvernement à éviter comme la peste, quitte à faire faire 18hrs d’affilé à une infirmière et lui payer un tonne de temps supplémentaire plutôt que d’en engager une nouvelle.

Tout ce cirque fini très certainement par coûter plus cher à l’État que d’engager des infirmières, mais à court terme seulement. La solution passe donc par une révision des conditions pour les ramener à quelque chose de plus raisonnable de façon à ce que le gouvernement recommence à ouvrir de postes permanents. Et par plus raisonnable j’entends surtout, de couper dans les trucs comme les 20 jours de congé de maladie, les régimes de retraite hyper-généreux et autres avantages sociaux très couteux. Ces changements, coupler à une diminution des coûts administratifs (les concierges gagnent plus que moi dans les hôpitaux du Québec) devraient permettre des hausses salariales pour les infirmières et l’embauches d’une certaine relève et enfin la diminution des heures supplémentaires.

Je conclurai en soulignant simplement que la complexité du système et donc sa complexité inhérente à être optimisé ne devrait pas nous arrêter et que nous devrions y mettre les énergies nécessaires et le voir comme un grand défi organisationnel que nous pourrons peut-être ensuite appliquer à l’ensemble du gouvernement. Le plus grand problème actuellement dans cette réorganisation est notre incapacité à avoir une vue d’ensemble, une incapacité clairement lié à la compartimentation du système qui elle est due à sa complexité… Je tourne en ronds? Vous avez raison et c’est pour ça que rien ne change vraiment.

.jpm

11:03 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

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