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28/03/2011

Tâche, salaire et avantages sociaux

Suite à mon texte sur le temps supplémentaire, où je tentais d’expliquer pourquoi la blonde d’un de mes collègues et ami trouvait ridicule le fait qu’il ait à faire du temps supplémentaire, j’ai eu droit à ce commentaire laconique :

« Quel abruti! Renseigne-toi un peu sur le salaire d’un enseignant et la tâche qu’il a à effectuer. On ne parle pas de ce qu’on ne connaît pas. »

Il faut dire que je mentionnais au passage que la blonde de mon ami est enseignante.



Cher Anonyme, je vous dirai deux choses.

Un, merci pour votre commentaire, c’est toujours apprécié. Cela dit, si vous aviez détaillé votre reproche j’aurai été plus à même de répondre – vous qui d’ailleurs semblez plus renseigné que moi. 

Deux, malgré votre manque de précision quant à ce qui a pu vous choquer, je vais tenter de vous répondre. J’ai relu mon texte pour mettre le doigt sur ce qui a pu vous embêter. J’ai l’impression qui si j’ai erré c’est probablement dans ces deux petits paragraphes.

« D’un autre côté sa blonde n’est pas tenue de faire du temps supp. à tout bout de champ. Étant enseignante au primaire elle en fait quand même, correction, préparation de classe et autre, mais elle a un salaire conséquent.

Ainsi, paradoxalement, c’est le plus bas salarié qui est tenu de faire du temps supplémentaire. C’est également celui qui a le moins de contrôle sur son horaire, celui qui a le moins de jours de vacance et le moins d’avantages sociaux. »

Donc j’affirme que sa blonde n’est pas tenue de faire du temps supplémentaire. Mais bien sûr les enseignants sont des professionnels et sont donc « tenu » de fournir un travail bien fait ce qui dans bien des cas veut dire de faire du temps supp. Je le souligne d’ailleurs (voyez toute ma méconnaissance du milieu) en disant qu’elle fait quand même : correction, préparation de classe et autre. Mais je m’empresse d’ajouter qu’elle un salaire conséquent – ce qui a peut-être pu choquer Anonyme.

Je vais laisser tomber les comparaisons avec son chum qui, je le rappelle gagne entre 30 000 et 40 000$/an alors qu’elle se situe entre 60 000 et 70 000$/an pour faire un comparatif avec ma blonde qui gagne environ 10 000$/an de moins que cette enseignante.

Alors, elles ont toutes deux, un bacc (ma blonde a une maitrise en plus), une quinzaine d’année d’expérience et travaillent toutes deux pour le gouvernement provincial. L’une est enseignante au primaire, l’autre directrice du marketing. Elle gère un solide budget de quelques centaines de de milliers de dollars, quelques employés, une multitude de clients et plusieurs évènements un peu partout au Québec. La semaine prochaine, ma blonde a deux évènements à Montréal. Mardi c’est en avant midi elle va donc se lever vers 4h30 pour attraper le bus de 6h00 et être sur place vers 9h00 avant de revenir en après-midi portable sur les genoux. Jeudi c’est l’inverse, elle doit être à Montréal en après-midi. Elle va donc aller travailler en avant-midi puis prendre le bus pour être là vers 15h00 et ne va revenir à la maison que vers 23h30.

Heureusement toutes ses semaines ne sont pas comme ça, mais elles le sont régulièrement. Cela dit, son automne 2010 a été si chargé que je suis maintenant en mesure d’avoir une bonne idée de ce que c’est que d’élever deux enfants tout seul.

Bref, il y a des professionnels qui gagnent moins que les enseignants et qui font autant sinon plus de temps supplémentaire. Et puis bon, ma blonde a quand même de bonne conditions, dix jours de maladie, un mois de congé plus la période des fêtes, mais reste qu’elle travail quelques 30 jours de plus par an (soit un mois et demi) pour un salaire annuel de 10 000$ de moins… (À salaire égal se serait déjà 13% de moins de l’heure!)

Je continuais ensuite, dans le deuxième paragraphe en laissant entendre que les enseignants bénéficiaient de bons avantages sociaux et de longues vacances. Je laisserai donc tombé ici les parallèles avec ma blonde qui après tout est au public  pour parler du privé, milieu dans lequel j’évolue depuis une bonne quinzaine d’années. L’emploi que j’occupe actuellement est mon troisième au privé et je peux vous assurer que les conditions de celui-ci ne diffèrent pas grandement des autres.

Cette année par exemple, nos patrons nous ont fait un cadeau (après quelques années de revendications), ils ont augmenté le nombre de congé de maladie à 4 jours par an. Les profs en ont dix si je ne m’abuse et beaucoup d’entre eux se prévalent de cet avantage (i.e. ils les prennent tous même s’ils ne sont pas malade).

Côté vacances nous avons entre 2 et 4 semaines par an, ce qui correspond à 4 et 8% du temps travaillé très loin du 20% auquel ont droit les profs. Et moi qui suis à l’emplois de la même entreprise depuis dix ans et qui cumule plus de 15 ans d’expérience dans le domaine, j’ai droit à un mois de congé, mais attention, je ne peux pas le prendre en un seul bloc le maximum étant trois semaines et à la discrétion des patrons – comme à peu près partout ailleurs au privé.

Bien sûr nous n’avons pas de semaine de relâche et la boite est ouverte en Noël et le Jour de l’An. Quand les patrons se sentent généreux ils nous donnent l’après-midi du 24 décembre pour que nous puissions nous déplacer, mais si je veux passer du temps avec mes enfants, je dois amputer mes vacances d »été de près d’une semaine contrairement aux profs qui bénéficient généralement de dix jours de vacances aux fêtes (ce qui ramène le ratio congé sur temps travaillé, si on y ajoute également la semaine de relâche, à 27.5% - c’est plus de 3 fois mon généreux 8%)

Bien sûr nous avons des assurances collectives. Mon employeur est sérieux, protection pour la perte d’un œil ou d’un membre – ce qui chez-nous est un danger bien réel, sans parler des gaz hautement toxiques avec lesquels ont travail à tous les jours. Par contre nous n’avons pas de plan de pension, pas de plan où je mets 150$ et mon employeur en fait autant (comme dans le milieu scolaire)… Et d’ailleurs dans le cas qui nous occupe, l’employeur c’est moi alors chaque fois qu’un prof met 150$ dans ses REER, j’y mets moi aussi 150$ (De rien, ça me fait plaisir. Les profs font un travail important pour la société et ils le méritent tout à fait.) Reste que pour les REER, moi je ne peux que compter sur moi et mon salaire.

Mais les avantages sociaux ne s’arrêtent pas là. Ma sœur qui est dans le milieu de l’enseignement (orthopédagogue pour tout vous dire) est passée me voir durant la semaine de relâche. Alors qu’elle me parlait de son été à venir, quelques semaines aux États-Unis, puis retour au Québec pour passer voir des amies en Gaspésie pendant quelques semaines encore (elle comptait faire de la montage tant qu’à y être) et enfin retour dans la région pour la fin des vacances avec des visite ponctuelles un peu partout au Québec où elle compte famille et amis. De mon côté je lui confiait être déjà en train de planifier l’été. « Les inscriptions dans les camps d’été vont commencer et il faut faire ça rapidement si on veut avoir de la place »

« Ça coute cher les camps d’été? » Elle a vite fait le calcul et conclu que de pouvoir garder soi-même ses enfants tout l’été à la maison était un énorme avantage social. Bah, je sais, je pourrais envoyer mes enfants au terrain de jeu offert par la ville… 80$ par enfant pour l’été au complet! Une aubaine! Mais bon, il faut ajouté à cela le service de garde 7$ par jour par enfant (j’en ai deux et on parle de 40 jours de congé) ce qui fait 720$ au total pour l’été, pas de quoi fouetter un chat.

Mais la première semaine après l’école, il n’y a pas de camp de la ville tout comme durant les deux dernières semaines de l’été, il faut alors se rabattre sur les camps. Ceux-là coutent entre 150 et 200$ par semaine. Vous aurez compris que le minimum requis est 3 semaines fois deux enfants à un prix médian de 175$ pour un total de 1050$. Et, bien sûr comme nous sommes de bons parents et que nous ne sommes pas chaud à l’idée de laisser cuire nos enfants dans la cour d’école tout l’été à jouer au mouchoir nos leur offrons généralement 2 semaines de camp de leur choix. Après tout, c’est leur vacances, nous ne sommes pas là alors on essais de leur faire plaisir un peu. Ce qui ajoute quelques 800$ à la facture de l’été (les camps spécialisés sont plus chers). On se retrouve donc avec un total d’à peu près 2 500$ et on n’a pas encore pris de vacances avec les enfants. Mettons que ça entame un budget.

Vous m’objecterez peut-être que de travailler tous les deux est un choix de vie et qu’il faut en assumer les conséquences, certes, mais choisir l’enseignement c’est aussi un choix de vie.



Bon j’ai déjà suffisamment abusé de mon espace et de votre temps, mais détailler les choses est quelques fois nécessaire.

Je résume. J’ai affirmé que les enseignants avaient de bonnes conditions de travail par rapport à bien d’autres. Je me suis fait traiter d’abruti.

Je suis tout à fait conscient que la tâche d’enseignant n’est pas facile, que gérer 20 enfants et plus ce n’est pas simple (surtout quand on intègre tout le monde, qu’on met en place des réformes ridicules et que les parents tout comme la direction ne sont pas coopérants), je suis également conscient qu’il faut préparer les cours, corriger les examens et faire certains suivi avec des élèves (quoi que si les profs cessaient de se comporter comme des travailleurs autonome ça irait probablement mieux) et que tout cela prend du temps, 40 heures par semaine, pas de problème, mais quand même, il ne faut pas croire que parce que les profs travaillent dur tous les autres passent leur journées à jaser à côté de la machine à café.

Je suis d’accord, le salaire des enseignants pourrait être un peu plus élevé, cela dit je ne suis pas prêt à dire qu’ils sont si globalement sous-payés. Je crois qu’ils oublient bien souvent les importants avantages sociaux auxquels ils ont droit 12 semaines de vacances par année pour un salaire annuel moyen de 55 000 (57 000 si je me fis à l’ISQ) alors que le salaire moyen au Québec est de 43 000 (auquel on devrait soustraire au moins 2 000 pour les couts de l’été et de la semaine de relâche, il y a des camps là-aussi) et 3 semaines de congé…

Bref, je ne croyais avoir dressé un portrait court mais juste de la situation et je le crois toujours. Bien à vous cher Anonyme.

.jpm

p.s. Je me rends compte à la relecture de ce long texte que j’ai bien peu parlé des tâches en tant que tel, mais bon je suis tout à fait ouvert. Je suis même disposé à tenter de vous donner un coup de main cher Anonyme. Je n’y connais rien, c’est vrai, mais des fois un regard extérieur ça peut aider!

09:40 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

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