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12/04/2011

Une goutte dans l’océan ?

Le 6 avril dernier Joseph Facal publiait un texte sur les élections fédérales soulignant que certaines contributions intéressantes au débat passaient inaperçues. Ce faisant, il citait un article de Martin Coiteux – un de ses collègues du HEC – parue sur Cyberpresse et dans lequel ce dernier défendait les baisses d’impôts accordé aux entreprises par les Libéraux et les Conservateurs prétextant que celle-ci ne coutaient rien aux contribuables – une goutte d’eau dans l’océan de 0.3% du PIB annuel canadien…

Je poste ici la réponse que j’ai publiée sur le blog de M. Facal. Une réponse à laquelle ni l’un ni l’autre n’ont répondu.

MM. Facal et Coiteux,

Je ne suis pas économiste, mais pense encore savoir compter. Si je lis bien le texte de M. Coiteux, je comprends que la part d’impôt verser en moins par les sociétés ne représente que 0.3% du PIB du pays pour chaque année entre 2000 et 2011 – une goutte d’eau dans l’océan dites-vous.

Or, si on prend par exemple l’année 2007, le PIB (en termes de revenus) du Canada était de 1 529 milliards de dollars. 0.3% de ce montant représente quand même quelque 4 milliards 587 millions. Si c’est une goutte d’eau dans l’océan très vaste du PIB, c’est déjà plus important dans le budget fédéral (je n’ai que les chiffres de 2011, mais on parle d’ordre de grandeur ici – et le budget a augmenté alors je sous-estime tout). 4.587 milliards représente un manque à gagner au budget de 1.8% (du côté des revenus – ce dont il est question).

Pire encore 4.587 milliards ne représente pas une goutte d’eau, mais bien 14.3% des impôts versés par les sociétés à l’État, on est plus proche de la tasse que de la goute non?

Pour aller rechercher ce 4.587 milliards perdu dans la seule année 2007, à 21% d’imposition il faut que les entreprises génèrent une augmentation de bénéfice de 21.85 milliards de dollars. Or la croissance des bénéfices entre 2006 et 2007 ne fut que d’un maigre 3,6 milliards, puis entre 2007 et 2008 d’un plus sérieux 16 milliards, mais bon, il manquait encore quelques 5 milliards pour réellement compenser les pertes des coupures par une hausse des revenus.

Je sais, je sais, vous allez me dire qu’une partie des baisses a été remise directement dans les poches des contribuables par l’entremise de hausses salariales. Je n’y crois tout simplement pas. Je suis au privé depuis nombre d’années et j’ai eu plusieurs emplois et jamais au grand jamais ai-je eu une hausse salariale en lien avec une quelconque baisse d’impôt des sociétés. L’argent est plutôt réinvesti dans l’entreprise – ce qui est très et c’est d’ailleurs le but de ces baisses. En fait le but est d’être plus concurrentiel et c’est justement pourquoi les patrons ne le redonne pas aux employés, ça n’améliorerait en rien leur compétitivité – ou si peu.

Mais me direz-vous encore, les mesures fonctionnent, le PIB ne cesse de croitre. En effet, le PIB a cru de quelque 12% entre 2007 et 2010. Mais population active a également augmenté, de même que le prix du pétrole et les investissements étrangers (Hé ben non, ils ont diminués!)… Qu’à cela ne tienne, ce que je veux souligner c’est qu’il est difficile d’associer à la baisse des impôts sur les sociétés un effet direct et mesurable sur la croissance du PIB.

Comprenez-moi bien, je suis tout à fait conscient que les baisses d’impôts accordés se retrouvent ailleurs dans la société, en réinvestissement de toutes sortes et qu’elles sont importantes pour le développement de l’économie, mais d’un autre côté je trouve fallacieux de dire qu’elles sont toutes petites alors qu’elles représentent tout de même plusieurs milliards de dollars et près de 15% de l’apport total des impôts de sociétés au budget fédéral annuel…

Je trouve également que les économistes vont bien vite aujourd’hui en affirmant que l’argent ainsi économisé reste au pays quand on sait que bien des entreprises vont choisir d’augmenter les dividendes versé aux actionnaires (qui ne sont certes pas tous canadiens), d’investir dans d’autres usines ailleurs dans le monde (surtout quand l’entreprise n’est pas canadienne), de placer l’argent (ailleurs encore) pour des projets futur ou finalement d’investir dans leur usine au Canada en achetant des équipements de pointes (qui ne viennent pas toujours d’ici)…

Bref, je suis bien sceptique devant ces baisses et leurs réels effets.

Référence : http://www40.statcan.gc.ca/l02/cst01/econ03-fra.htm

.jpm

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