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15/04/2011

La tâche du prof et les problèmes connexes

Il y a quelques semaines, j’ai signé un texte dans lequel je parlais de temps supplémentaire – celui d’un collègue et celui de sa blonde qui est prof. Ce texte m’a valu un commentaire court et anonyme disant que j’étais un abruti et que je ne connaissais rien à l’enseignement. J’ai répliqué quelques jours après pour détailler les avantages sociaux des profs – ce qui était la partie qui me semble avait pu choquer le commentateur anonyme.

J’espérais un peu une réponse, si anonyme soit-elle, m’expliquant la tâche du prof, mais elle n’est toujours pas venu alors je me lance moi-même dans ce que je crois être la tâche des profs.

Première différence avec  monsieur madame tout le monde, les profs doivent être à l’heure au travail, ils ne peuvent pas comme la plus part d’entre nous arriver cinq, dix, quinze minutes en retard en classe – et d’ailleurs ils ont généralement à surveiller les élèves sur la cours avant le début des classes. Notez également que les profs ne peuvent pas allez au petit coin quand bon leur semble pas plus qu’ils ne peuvent aller se chercher un café à neuf heure et quart. Le prof qui est en classe donne un cours et doit être là à 100% avec ses élèves tout le temps – pas de placotage dans le corridor à tout bout de champ, pas de pause météo sur internet, pas de téléphone au garage pour prendre un rendez-vous.

D’un autre côté il faut bien voir que les profs ne sont pas toujours en classe. Un temps complet au primaire s’étale sur un horaire de neuf jours au cours desquels les élèves sortent de la classe pour une spécialité (Éducation physique, Anglais, Musique) un peu moins d’une fois par jour.

La tâche des profs est lourde, non seulement ils doivent enseigner aux enfants, mais ils doivent également préparer les cours et faire la correction des examens et travaux de leur élèves qui sont généralement une bonne vingtaine.

Je me permets ici d’ouvrir une parenthèse sur la préparation des cours. J’ai effleuré la question dans mon dernier texte en disant que si les profs cessaient de se comporter comme des travailleurs autonomes ça irait mieux. Je détail un peu. C’est simple en fait, les profs sont continuellement en train de refaire du matériel de cours, des feuilles d’exercices, des dictés, des préparations de lectures, des thèmes de recherche et cela pour la simple et bonne raison qu’ils n’ont rien. Il a bien quelques cahiers d’exercices avec lesquels ils peuvent travailler, mais le format et le niveau ne conviennent pas toujours.

Mais, de nous exclamez tous en cœur, n’y a-t-il pas un autre prof qui donnait la même deuxième année l’an dernier? Oui, il y en avait un, mais son matériel, il est parti avec son matériel! Aucun employeur au privé ne permettrait une chose pareille, pas plus que la grande majorité des employeurs publics! J’ai participé au développement de technologies pour divers employeurs depuis que je travail et jamais je ne suis parti avec mes développement, mon travail, mes notes ou même mes idées – elles appartiennent à l’employeur! Pourquoi est-ce différent avec les profs? Pourquoi devons payer des profs déjà très occupé à développer des outils d’enseignement que nous avons déjà payé l’année précédente? Quelle perte de temps et d’énergie astronomique! Je ferme la parenthèse ici en soulignant que quelques ajustement sont tout à fait raisonnables, mais pas de tout refaire. D’ailleurs il y a parait-il un site sur le net bourré d’exercice que de gentils profs ont bien voulu partager avec le reste de l’univers.

Donc le prof a plusieurs tâches connexes à accomplir. Il ne peut le faire le matin en arrivant à moins de faire comme la prof de mon fils, qui a une classe double niveau, et de commencer la journée par un quinze minute de lecture autonome en arrivant. Ça lui permet de réviser la planification de sa journée. Mais on ne fait pas tout en quinze minutes.

Donc pensez-y bien, il faut planifier les cours de math, de français, d’univers social, de science (que personnellement je transformerais en spécialité), d’art plastique, d’éthique et en j’en oublie peut-être. Il faut donner le cours et ensuite corriger. La question est donc quand faire tout ça? Hé bien, ils peuvent en faire un bout durant les périodes de spécialité (4 ou 5 heures par semaine). Ensuite ils en font une bonne partie après 15h15 heure à laquelle les élèves quittent. Une heure et demie pour tout planifier c’est peut-être un peu court. Mais disons qu’on joue le jeu. Dans cette heure et demi, je planifie ma journée du lendemain (cela suppose que j’ai déjà un plan global de ce que je vais faire dans toute l’année ce qui me semble raisonnable puisque ça fait plusieurs année que j’ai le même niveau). Ensuite, le matin, je fais mes quinze minutes de lecture autonome pour réviser le tout et sortir deux trois trucs. Il me reste la période libre pour la correction, mais j’ai de l’expérience alors je suis capable de planifier des travaux d’équipe et des exercices qui me dégagerons du temps pour faire un peu de correction en classe et bien sûr, comme je dois réviser régulièrement la matière avec les élèves je me sert de ces périodes pour corriger avec eux une autre partie des travaux.

Au bout du compte, j’ai passé 40h à l’école et je n’ai amené que très rarement du travail à la maison. C’est à peu près ce que j’ai vécu avec mes parents qui étaient tous deux professeurs au primaire. Mon père n’avait que très rarement de la correction à faire à la maison. Ma mère un peu plus mais elle ne restait pas à l’école après 15h, elle venait à la maison s’occuper de moi et ma sœur.

Mais, malheureusement, les choses ne se passent pas ainsi. J’ai parlé à PapaDon, le gars qui fait du temps supp. au bureau et qui est à l’origine de cette série de textes sur l’éducation… Je lui ai parlé de la journée type du prof de mon fils, de ses petits trucs pour gagner du temps. Sa première réaction a été de me demander combien de tout croche la prof de mon fils avait dans sa classe. Aucun lui ai-je répondu, c’est une classe multi-niveau, elle n’a que les meilleurs.

Et c’est là que le bât blesse. Les profs ont déjà une tâche relativement importante et un travail qui demande une présence de tous les instants. Être à l’écoute des enfants, les accompagner, voir à leur développement, adapté le contenu aux difficultés particulières de chacun… Mais aujourd’hui en plus de tout ça ils ont des enfants à problèmes dans leurs classes, d’autres à intégrer, des parents qui ne coopèrent pas, une direction qui les soutiens à peine et une foule de nouvelles tâches connexes relier à tous ces cas. Appels chez l’élève, suivi avec la psy de l’école, mise à jour du dossier de l’élève sous Ritalin, rencontre avec la direction, sans parlé des multiples réformes que l’on s’amuse à leur faire subir années après années.

Il y a d’ailleurs dans le numéro en kiosque de L’Actualité un excellent texte de Diane Boudreau, enseignante au secondaire, sur la situation de l’enseignement. Comme tous les autres profs, ce n’est pas les tâches de base qu’elle critique, ce n’est pas la préparation de cours ou la correction d’examen qui sont en train de la poussé à abandonner après 33 ans dans l’enseignement, non ce sont les conditions qui entoure l’enseignement qui la désespère. Mélange des élèves faible et fort, cas violents, manque de ressources, réformes, parents, direction… Il est là le problème!

Ce ne sont pas les conditions salariales, ni les tâches de bases qui fait que l’on entend couramment les profs décrier leurs conditions de travail mais bien tout le reste. Et, ce n’est pas en haussant leur salaire ou en les évaluant régulièrement qu’on va régler le problème, c’est en revenant à la base, c’est revenant aux classes ressources pour ceux qui en ont besoin, c’est en cessant de leur dire comment enseigner, c’est en ayant des directions d’école fortes et présentes et des parents qui respectent les décisions de l’établissement.

Alors voilà, les profs ont une tâche importante pour laquelle, il me semble, ils ont une rétribution et de avantages sociaux conséquents. On pourrait certes hausser leur salaire, mais le problème n’est pas là, c’est le système, le ministère et les commissions scolaire qui ont pris de mauvaises décision et qui ont rendu le boulot d’enseignant si difficile. C’est là qu’il faut faire des changements pour que l’enseignement cesse d’être « une soumission à la tyrannie des ignorants et des autocrates parentaux et ministériels » comme le dis si bien Diane Boudreau.

.jpm

p.s. La prochaine fois, ma vision du ministère de l’éducation.

11:04 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

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