Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05/03/2012

La saga des fourchettes

Ça aurait pu être une fable, mais c’est une histoire vraie, pas de lapin, pas de tortue. Il y a quand même quelque leçon à en tirer et une image très forte de la société, ce serait bien si ce n’était pas si désolant.

Je travail dans une petite entreprise qui compte une trentaine d’employés. De ce nombre, une bonne vingtaine dîne au bureau dans une belle cuisine aménagé avec des tables bistro, deux frigos, trois micro-ondes et même une table de babyfoot. Pour simplifier la vie de tous, la direction a acheté il y a plusieurs années deux sets d’ustensiles et de couverts.

La plus part des gens n’utilise pas les assiettes, ils se servent simplement des ustensiles, surtout des fourchettes. Or comme dans nombre de situations sociales, un petit nombre d’utilisateur omettent de laver leur fourchette après usage. Il y a ceux qui s’en foutent, qui sont probablement marginaux et il y a ceux qui oublient pour toutes sortes de raison, une réunion pressante, un appel inattendu, une partie de babyfoot ou une discussion animé qui détourne l’attention et la fourchette reste sur le comptoir ou au fond de l’évier.

Mais voilà, nous avons une secrétaire qui s’occupe des tasses des invités et qui lave par la même occasion les fourchettes oubliés. Et, bien elle en a pris une habitude, elle garde la cuisine propre. Mais ce n’est à elle de faire la vaisselle de tout le monde alors elle a envoyé des courriels, mis un mot au-dessus de l’évier, fait une campagne de sensibilisation…  Rien n’y fait, il y a toujours des fourchettes qui trainent dans le fond de l’évier.

Il y a quelques mois, excédé par la situation, elle a pris une décision drastique s’il reste des fourchettes dans le fond de l’évier elle les jette! Au début ça ne paraissait pas trop, mais la quantité de fourchette a diminué jusqu’à peau de chagrin. Au dernier décompte il n’en restait plus que cinq. Dans peu de temps il n’en restera plus et les employés seront forcés d’apporter leurs propres fourchettes pour manger.



Alors voilà comment on privatise un service public, comment on prive l’ensemble de la société d’un certain service à cause de quelques mauvais utilisateurs et pourquoi les services que l’on garde en place peuvent finir par coûter très cher.

Cette saga présente également très bien tout l’argumentaire pour et contre la privatisation des services. La privatisation coutant beaucoup plus cher puisqu’elle nécessite l’achat par chaque utilisateur d’un set d’ustensile complet et du nécessaire pour laver sa fourchette chez-lui, alors que la socialisation présente des problèmes d’aléa moral, le risque que l’utilisateur change son comportement puisqu’il ne paye pas le prix de son comportement.

Alors comment concilier tout ça? La droite dira qu’en privatisant tout on voit toujours le coût réel et que la compétition va s’occuper de rendre les meilleurs services aux meilleurs coûts. La gauche maintiendra que les marché sont imparfaits et que le rôle d’un État est aussi de garantir l’accès aux services de base à tous ses citoyens peu importe leur capacité de payer. Les pays scandinaves y iront, quant à eux, d’un savant mélange de responsabilisation des services publics et de surveillance de l’État par le privé – mais cela n’empêche en aucun cas l’aléa moral.

Bref, il n’y a pas de modèle parfait, seulement un monde perfectible, mais ça, c’est toujours très compliqué. Bon, je vais aller laver ma fourchette maintenant!

.jpm

Les commentaires sont fermés.